
Agée d’environ 6 ans, j’ai eu la chance de passer des vacances exceptionnelles à Verbier. Elles restent gravées dans ma mémoire et j’y pense souvent lorsque je vais en montagne.
Mon père avait loué un petit chalet pour y passer les vacances. Après avoir traversé complètement Verbier il fallait prendre un petit chemin qui montait en lacets sur un bon kilomètre. De là, la vue était absolument superbe. En cette fin d’après-midi, il pleuvait et le village en dessous était pris dans une sorte de brume. Notre chalet se trouvait en contrebas du chemin dans un petit lot de chalets, chacun aux volets d’une couleur différente.
En poussant la porte grinçante, mes frères et moi découvrîmes le nouveau territoire de nos vacances. Une odeur particulière de bois et de poussière occupait l’espace et ma maman se dépêcha d’ouvrir toutes les fenêtres et de pousser tous les volets. C’était tout petit. Le chalet ne comptait qu’une grande cuisine avec une grande table en bois massif et une chambre à coucher avec deux lits. Mes frères et moi étions déjà ressortis pour explorer chaque endroit et chaque cachette de ce petit lot de chalets. Nous avions certainement le chalet le plus vieux. La cuisine comprenait un poêle qui servait de chauffage et de cuisinière. Les toilettes se trouvaient dans une petite cabane à l’extérieur. Il n’y avait pas de salle de bain. Une grande bassine en fer servait à tous les usages de nettoyage.
La famille du parrain de mon frère aîné avait loué un chalet au-dessus. Les trois allions sans tarder leur annoncer notre arrivée. De leur côté, ils louaient leur chalet à la saison pour s’y rendre toutes les vacances d’été et de nombreux week-end. Nous revenions accompagnés des trois enfants de l’autre famille pour leur montrer notre chalet. Mes parents avaient déjà commencé à installer nos affaires.
Le lendemain matin, un soleil magnifique nous réveilla et nous avons pu profiter de prendre le petit-déjeuner à la table qui se trouvait juste à côté de la porte d’entrée en plein soleil. Mon papa étudiait déjà la carte et nous parlait de la Pierre-Avoi, de la Croix de Coeur et du Lac des Vaux… de mon côté j’avais bien envie d’aller voir cette fameuse pierre à voir ainsi que les veaux du petit lac.

Les sacs à dos remplis d’une gourde de thé et de sandwichs, nous avions mis nos chaussures de montagne et les deux familles se mirent en marche pour une excursion. Nous courrions en avant pour découvrir ce qui se cachait derrière le prochain rocher. Les sentiers nous menaient vers des endroits magnifiques et nous ne sentions pas la fatigue.
Je me rappelle que nous nous arrêtions parfois, près de petits lacs de montagne ou alors lorsque de magnifiques pierres plates nous accueillaient pour faire notre pic-nic. La chaleur du soleil accumulée dans ces rochers nous chauffait les fesses, mon papa s’étendait et piquait alors un petit clopet comme il disait. Le parrain de mon frère préparait son tabac pour fumer une pipe tout en méditant sur la beauté du site.
Mon papa inventait toutes sortes de jeux, je me rappelle que les perdants devaient exécuter un gage. Un jour le cadet des enfants de l’autre famille a dû faire le tour du petit lac en sautillant sur un pied, ce qui n’était guère facile sur un terrain accidenté. Son frère âgé d’une dizaine d’année avait dû mettre sa fierté dans sa poche pour crier du haut d’une montagne «je suis fou » et cela à 3 reprises, mais le pire gage fut évidemment celui infligé au parrain de mon frère qui dû échanger son tabac contre des herbes de montagne. Il se plia au jeu, et accepta son gage, il fuma sa pipe plus longtemps qu’on ne lui l’aurait demandé, il me semblait qu’à chaque bouffée sa peau devenait plus pâle, mais il voulait montrer l’exemple du bon perdant.
Le lendemain, le parrain de mon frère nous annonçait qu’il avait été malade toute la nuit et qu’il ne pouvait nous suivre en excursion.
Mon papa inventa un nouveau jeu pour motiver nos mollets. Nous partions à la recherche du cimetière des éléphants… Toute l’équipée occupée à réfléchir comment les éléphants avaient un jour vécu dans ces montagnes, que nous avions déjà marché toute la matinée.
Dans l’après-midi, harcelant mon papa de questions sur l’endroit exact de ce cimetière, nous arrivâmes par un heureux hasard sur un pierrier. De nombreuses pierres étaient magnifiquement marbrées de parties blanches et translucides. La valeur de ces pierres nous apparut aussitôt inestimable et nous comprenions que mon père aient gardé secret le lieu de ce trésor. Évidemment nous chargeâmes chacun nos sacs à dos des plus belles pierres faisant des choix cruciaux, car malgré leur poids elles allaient être ramenées au chalet puis chez nous.
A notre retour, le parrain de mon frère allait beaucoup mieux, il prit l’apéro avec mon papa et lui fit promettre de ne plus jamais lui infliger pareil gage.
Un autre malade grave nous inquiétait beaucoup plus, nous les enfants. C’était le hamster de nos amis : «Amilcar » qui avait grignotté du plastique par erreur. On n’osait même plus lui donner des herbes de montagnes pour le soigner. La nuit au chevet de ce hamster s’annonçait longue.