
Une nouvelle fois, j’ai pris le train en direction de l'hôpital pour me soumettre à des examens, chemin que je commence à imprimer comme une nouvelle destination où je vais soumettre mon corps à la science.
Mon estomac ne pouvait se nouer plus qu’il ne l’était depuis une bonne semaine. Il devait ressembler à une pelote de nœuds. J’essayais de l’oublier lui et ces montées d’angoisses, remèdes homéo et musique dans les oreilles ne m’ont pas apaisés non plus. Il faut rester à jeun donc inutile de songer à prendre autre chose ce matin.
Dès mon arrivée, les analyses commencent. Puis, je descends dans le dédale en 3D de corridors et d’ascenseurs pour arriver dans de petites salles sombres avec des écrans.
Je demande des infos, pour comprendre, au moins ça, pour me raccrocher à quelque chose de réel. J’avoue mon angoisse pour les examens de demain, mais leurs explications ne m’apportent que peu de soutien. Les tests s’enchaînent, j'ai mal à la tête, je me surprends à avoir encore le courage de sembler supporter. Au terme, on m’explique que ma mémoire et mes facultés sont bonnes et qu’à la limite on pourrait se permettre d’en perdre un peu lors d’une intervention. Théorie que je réfute évidemment ! Comment accepter de perdre un bout de son intelligence ou d'une capacité.
De retour dans ma chambre, c’est le défilé de spécialistes qui continue. Pour que tout se passe bien demain on révise le déroulement. Les examens invasifs se feront avec ma participation active de tests neuropsychologiques. Brrrr--- je ne me sens pas capable d’y arriver.
Une nuit et c’est parti.
Au petit matin : Ah non, changement de programme, on vient me chercher pour un autre examen, pas prévu, je m’étonne, non c’est une erreur. Je dois patienter jusqu’à 13h, il ne se passera rien ce matin. Mon ventre, comme s’il en était encore capable, trouve le moyen de faire des nœuds supplémentaires. Pas une goutte d’eau, je vais me transformer en lézard c’est certain. Attendre, essayer de se relaxer, utopie !
13h30 c’est parti pour un angio-scan cérébral, mais comment… ce n’est pas ce qu’on m’a dit, bon, de toute façon il faut y aller, je ne comprends pas. Sur place, on m’explique le programme des réjouissances de l’après-midi, je m’étonne car rien n’était prévu comme ça. Aaaaah mais on a changé d’option, on va faire, ça et ça et ça à la place mais on verra si les images sont bonnes - je stresse.
On m’abandonne la tête dans le scan, plus personne, plus un bruit, ils sont tous derrière la vitre, j’attends, je ne dois pas bouger d’un millimètre, mais l’examen n’a pas commencé. Ne pas bouger, ni ouvrir les yeux, ne pas bouger, ni la pupille, ni mes sourcils, ni mes bras, ni mes jambes, j’attends, j’essaie d’appliquer mes cours d’autohypnose, je pense à ma respiration, ma rivière, ma forêt, mais le temps est long personne, 10 min, 15 min, je n’ai plus la notion… ils sont partis boire un café ? Rien personne...
Soudain une voix, je fais attention à ne pas tressaillir. Je reste immobile. Un médecin me prend la main. Ce contact me remplit, quelqu’un prend garde à moi, je ne suis pas qu'un cas. L’examen va enfin commencer, les doses maximales, l’occlusion, les images, et encore une série, occlusion, ne pas bouger, encore un peu de courage madame. C'est long, on va encore faire une série d'images ? Le médecin me reprend la main, je peux ouvrir les yeux, il me dit qu’en principe on devrait arriver à faire quelques choses de ces images pas aussi bonnes qu’espérées… Ils finissent pas garder celles-là.
J’enchaîne avec un autre examen, puis encore un autre. La migraine s’est installée. La tête tape et bouillonne. Tout le programme de hier pour lequel on s’était préparé ne s’est pas réalisé. Ils vont encore me faire un test en médecine nucléaire. La dose injectée ne passe qu’à moitié, le test ne sera pas fiable. Il faut commander une nouvelle dose, qui doit être fabriquée. Cela prend 30 min j’attends... encore 20 min madame, puis on injecte encore une dose, on attend 20 min, encore une occlusion et on refait des images pendant 22 min. Le programme se prolonge, j’ai droit au bis. Je me sens mal, la tête tourne, tous ces produits, toutes ces images, j’ai passé sous tous les appareils possibles et imaginables. On me dit qu’apparemment, la perfusion vasculaire de mon cerveau s’effectuent avec 1 seconde de plus qu’espéré, 1 seconde de trop ! Les tests ne sont pas à la hauteur de nos espérances.
Non, chers médecins, je ne suis pas comme dans le manuel, et il faudra l’accepter.
Ne bougez pas madame, la tête fixée dans une autre machine, c’était reparti pour 22 min d’images. J’ai encore fait appel à ma rivière, à ma forêt et toutes mes forces pour rester immobile. Ma perf me brûle, je sens de nouveau ce point dans le dos, comme à chaque fois que je suis à l’hosto, immobilisée, la douleur monte, je ne dois pas bouger. La migraine s’intensifie, les nausées, je ne vais pas tenir, mon Dieu donne-moi encore la force, sinon il faudra recommencer encore. Je n’y tiens plus, j’appelle, on me répond, les 30 secondes promises durent plusieurs minutes. Je vais craquer. Elle me sort de l’appareil et semble savoir que j’ai des nausées, ça paraît habituel. Je peux enfin regagner ma chambre. Il est 18h, je n’ai reçu aucune goutte d’eau depuis minuit et je craque psychologiquement, je suis vidée.
Le professeur arrive, avec son sourire en coin. C’est fini pour les examens, les résultats n’arriveront que la semaine prochaine. Essayant d’être humain, il me demande si c’est bien du Valais que je viens. Je n’arrive pas à répondre, excusez-moi, mais moi j’ai des nausées. On me promet un médicament pour aider, qui n’est jamais arrivé, ni l’anti-migraine d’ailleurs. Par bonheur, je parviens à me lever pour chercher un anti-migraine dans ma valise. Pas d’infirmière, personne. A 22h, elle vient et je demande qu’on m’enlève cette perf qui ne sert à plus rien et qui brûle. Mais l’infirmière sévère refuse. "Vous pouvez supporter cela tout de même !" J’insiste vu que les examens sont terminés et elle le fait en me précisant que c’est sous ma responsabilité et me l’enlève d’un geste brusque. Merci pour la délicatesse.

Le lendemain encore stone, je n’attends que le feu vert pour m’enfuir de cet endroit. Comme d’habitude ici : personne. L’aide-soignant me promet qu’il va essayer de trouver l’infirmière qui me promet à son tour d’essayer de contacter le médecin.
Ce n’est que vers 13h que le médecin vient et me libère. Je prends mes clics et mes clacs, je vais essayer d’attraper le prochain train. Je cours, je cours, j’y suis. Ouf je rentre à la maison.
Arrivée à bon port, j’aurai besoin de mots réconfortants, de bras, de tendresse, mais rien, je vais encore prendre dans mes forces pour supporter le contrecoups.