En 1648, un canal devait relier le Rhône au Rhin afin de relier la Mer du Nord et la Méditerranée.
Tout près de chez moi, un tronçon du canal traversait de part et part la colline du Mormont où les murs du canal sont encore visibles. Ces travaux gigantesques pour l'époque furent achevés, au niveau du Mormont, en 1648 et cette route fluviale a été utilisée jusqu'en 1829. Le canal tronçon en aval, celui qui devait relier au lac Léman, n'a jamais été terminé. Les chemins de fer ont pris la place des transports fluviaux et le chantier du canal du Rhône au Rhin fut totalement abandonné.
Le Canal d'Entreroches traversait le massif du Mormont en son point le plus bas par un défilé entre d'immenses pans rocheux, d'où le nom Entreroches (entre les roches) qui permet un passage quasiment de plain-pied de la vallée de la Venoge à la plaine de l'Orbe
A l’époque, il fallait deux jours à deux hommes et 8 chevaux pour parcourir les 17km. Le canal, ses murs, le bâtiment du port d’Entreroches ou le chemin de halage sont encore visibles. Trois barques à fond plat, de fabrication hollandaise, transportaient vin, sel et grains
C'est un des tous premiers projets de dimension européenne. Le concepteur Elie Gouret était Breton, les fonds venaient principalement de Hollande et les autorisations de Berne. La mise en oeuvre de ce dernier tronçon aurait permis de faire traverser les marchandises à moindre risques alors que les guerres de religion entre Protestants et Catholiques faisaient rage en les faisant transiter par l'intérieur des terres au lieu de contourner la dangereuse et catholique Espagne.
Elie Gouret présenta son projet à Berne en 1635 ! Il avait tout étudié : les techniques mais aussi les autorisations d’exploitation de forêts… Le projet a dû séduire rapidement Berne et les cercles financiers puisque les travaux commencèrent en 1638. Il n’aura fallut que 3 ans pour réunir les fonds et les autorisations.
Les parois du canal sont formées d’un assemblage de pierres sèches, des blocs calcaires de dimension irrégulières avec de petits cailloux qui calent les moellons les plus gros. A son point le plus haut la muraille conservée dépasse les 7 mètres. Sa largeur est de 5 mètres.
La navigation était interrompue en été à cause de la sécheresse. Les transports atteignaient leur plus haute fréquence d’octobre à janvier après les vendanges de la région lémanique. Le parcours était un travail harassant qui s’effectuait en deux jours. Le canal employait de nombreux corps de métier : des charpentiers devaient réparer les écluses et les barques et les maçons entretenir les murs. A cela s’ajoutaient les forgerons, les cordiers, les simples manœuvres qui effectuaient des travaux divers et aussi des commis qui organisaient et surveillaient les transports et tenaient la comptabilité. Enfin les bateliers dirigeaient et halaient les barques. Ils travaillaient en équipe de trois : un maître et deux compagnons, parfois les paysans qui arrondissaient leur fin de mois.