Le 11 novembre est une date qui me rappelle 2 souvenirs bien différents. Chez nous on ne fête pas spécialement l'Armistice et cette date passe inaperçue comme un autre jour de l'année pour la plupart des gens.
Le premier souvenir : je vivais à Zürich, je travaillais dans une énorme assurance. C'était le 11 novembre 1986, à 11h11 nous avons entendu de la musique dans la rue. Et du haut de nos bureau, nous vîmes par les fenêtres plusieurs groupes de Guggenmusik qui défilaient en-bas, dans la rue. Je m'étonnais, car ce n'était pas encore carnaval, mais mes collègues m'expliquèrent que l'ouverture officielle du Carnaval est le 11.11 à 11h11 ! Il se termine l'année suivante le mardi gras.
Le deuxième souvenir : c'était le 11 novembre 1991, j'étais enceinte de 6 mois de ma fille. J'attendais dans la salle d'attente d'un cardiologue. J'attendais depuis longtemps, je regardais ma montre et je voyais qu'il était 11h10... je pensais à Zürich et aux Guggenmusik qui chaque année sortent dans la rue ce jour-là à cette minute-là.
Mon médecin m'avait envoyé faire ce contrôle chez un cardiologue à cause d'un souffle au coeur particulier qu'il avait entendu en m'auscultant. Je m'attendais à une consultation de base, plutôt par sécurité selon les mots de mon médecin obstétricien.
Cependant, rien ne se passa comme je l'avais imaginé. Le contrôle simple, se transforma en échocardiographie. Le docteur ne disait rien, il mesurait, écoutait, et continuait à mesurer, il était très concentré, ne parlait toujours pas, il semblait même préoccupé. Je ne le connaissais pas, donc j'avais peine à interpréter sa manière de me faire ce contrôle, surtout que c'était la première fois que je subissais une échographie cardiaque.
Plus d'une heure s'était écoulée, l'assistante médicale vint demander ce qui se passait car les autres patients qui attendaient, commençaient à s'impatienter. Il lui dit qu'il fallait leur donner à tous d'autres rendez-vous car il n'allait plus les prendre. Tout cela m'inquiétais de plus en plus, j'osais enfin poser LA question, " et alors, docteur ?.." Il ne répondit rien, et continua l'examen. Près de 2 heures plus tard, il me dit qu'il allait me donner des médicaments pour faire baisser mon rythme cardiaque. Ce qui me contrariait totalement, vu que j'étais enceinte. Il ne transigea pas, et me redit : prenez-les.
Il me parla d'anévrisme, d'aorte. Je ne comprenais pas grand chose... Et il me dit qu'il me contacterait rapidement.
En arrivant à la maison, j'essayais de trouver des explications aux quelques phrases qu'il avait vaguement énoncées. Internet n'existait pas, avec un bon dico, je trouvais quelques définitions.
Voilà comment c'était passé ce 11 novembre, pour moi ce n'était pas le commencement du carnaval, mais le commencement de très gros soucis de santé.
2 jours plus tard, nous apprenions que j'avais un anévrisme de l'aorte, dilaté au maximum, que ma grossesse était très risquée pour ma vie, qu'on ne me donnait pas beaucoup de chance d'y survivre, et qu'on ne donnait pas plus de chance au bébé.
Pour moi le monde s'était écroulé en quelques secondes.